Les fake news sont de fausses informations fabriquées et diffusées volontairement sur internet dans le but d’induire en erreur” (Ifop). Depuis 2 ans, la lutte contre les fake news (infox en français, fausse nouvelle en québecois) s’est intensifiée. Ou plutôt devrait-on dire la résistance tant la tâche semble ardue et énorme. Nous vous proposons d’examiner les caractéristiques et particularités de l’univers des fake news pour mieux les appréhender. Voir aussi ce billet : Fake news : 30 ressources essentielles pour les cerner et lutter contre

What’s the fake ?!  De quoi parle-t-on ?

1. Les fake news en France en chiffres

Les Français sont 74% à considérer avoir déjà été exposés à des “fake news”. Ils souhaitent à 86 % que la récente loi anti-fake news, limitée aux périodes d’élections, soit étendue à d’autres domaines comme l’économie, l’immigration, l’alimentation, l’environnement ou le climat (L’e-réputation des entreprises. Etude Ifop pour Havas Paris).

Exposition des français aux fake news
Considérez-vous avoir déjà été exposé à des fake news ? (Ifop)

85% des français pensent qu’il y a de plus en plus de rumeurs ou de fausses informations sur Internet et les réseaux sociaux. 72% pensent qu’il est de plus en plus difficile de distinguer le site d’un média sérieux relayant de vraies informations, et des sites relayant toutes sortes d’informations non vérifiées.

Dans ce contexte, la première attente du grand public à l’égard des médias – assez loin devant les autres – est de “vérifier les informations fausses, les rumeurs, les désinformation” (66 % de citations, en hausse de 5 points en un an). (Les Attentes des Français envers les journalistes, l’information et les médias. Etude Viavoice pour Le JDD, France TV et Radio France).

fake news : 72% des français pensent qu’il est de plus en plus difficile de distinguer le site d’un média sérieux d'un site ne vérifiant pas ses infos (Viavoice)
72% des français pensent qu’il est de plus en plus difficile de distinguer le site d’un média sérieux d’un site ne vérifiant pas ses infos (Viavoice)

Par ailleurs, ils sont 89% à considérer que les rumeurs et fausses informations peuvent avoir un impact important sur la réputation d’une entreprise. Et une part significative d’entre eux avoue être vecteur de ces infox : 20% des personnes interrogées (32% des 18-24 ans) ont déjà fait confiance à une information sur une entreprise ou une institution relayée par des médias ou des réseaux sociaux et avoir découvert par la suite qu’elle s’avérait inexacte. 26% reconnaissent avoir déjà relayé de fausses informations auprès de leurs proches (L’impact des “fake news” sur la réputation des entreprises. Etude Viavoice pour Syntec Conseil en relations “publics”). 

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2. Un sujet de société pris en main par les médias

Les fake news sont donc devenues un vrai sujet d’attention, et les médias grands publics sont  eux aussi maintenant impliqués dans le traitement et la médiatisation de ce phénomène. Ainsi en janvier 2019, l’Obs a fait sa une sur “le cancer des Fakes News”. La presse web et les radios ont développé depuis plusieurs années déjà leurs propres rubriques et équipes dédiées à la chasse au Fake News. Les TVs s’y mettent. Ainsi depuis début février, TF1 et France 2 ont créé leurs “pastilles” consacrées au fact-checking, venant compléter d’autres émissions et rubriques déjà existants dans d’autres médias. Nous détaillerons ces canaux.

Sur Arte, la rubrique Desintox analyse l’actualité dans des vidéos diffusées chaque soir dans “28 minutes”.

En France notamment, cette lutte contre les infox prend la forme de démarches initiées essentiellement par les journalistes, médias et associations. On peut citer par exemple Eucheck.fr, une initiative de fact checking lancée par l’association européenne des écoles de journalisme pour lutter contre la mésinformation à quelques mois des élections européennes. 

3. Les géants des réseaux sociaux à la manœuvre

Fake News : Les géants des réseaux sociaux à la manœuvreParallèlement, les éditeurs de réseaux sociaux travaillent sur les algorithmes, constituent des war rooms, développent des fonctionnalités d’alerting et font travailler des modérateurs. Ainsi, Twitter fait régulièrement le ménage de comptes créateurs ou propagateurs quand Facebook imagine de noter ses utilisateurs en fonction des infox qu’ils signalent. Ces mêmes plateformes ont initié dès 2017 des partenariats avec certains journalistes pour travailler sur le fact checking. Toutefois, les critiques envers les moyens engagés et l’état d’esprit de certains réseaux sociaux pour cette lutte sont fréquentes et les journalistes contributeurs partagent leur déception

A noter que désormais, les géants des réseaux sociaux travaillent au cas par cas sur certains secteurs sensibles  particulièrement touchés par les fake news : Facebook entend par exemple réduire la propagation des fausses informations sur les vaccins par l’interdiction de publicités trompeuses sur la vaccination et la réduction de la visibilité des Groupes et Pages diffusant ce type d’informations dans les résultats de recherche et dans le « newsfeed » utilisateur.

 

4. Des rumeurs dopées aux algorithmes

Le process et la nature des fake news ne sont pas nouveaux : le processus de propagation de rumeurs est ancien (voir par exemple la rumeur d’Orléans) mais avec les fake news, la production de fausses nouvelles peut être industrielle, émaner d’états ou de groupes de lobbying parfois très riches et bénéficier d’une propagation ultra rapide à la faveur de formats éminents viraux (vidéos, animations et images), des pratiques de partages des internautes et des algorithmes des réseaux sociaux (pour la propagation dans les groupes et la visibilité dans les feed et les timeline Facebook et Twitter). 

The Spread of True and Fake News/Claims in Online Social Networks (Revue Science).
The Spread of True and Fake News/Claims in Online Social Networks (Revue Science).

 

5. Extension du domaine des fake news

Les fakes news peuvent prendre différentes formes : Ce sont souvent de fausses actualités relayées en articles, billets, images ou vidéos par un organe spécialisés dans les fake news, mais, de plus en plus souvent, elles sont produites par des particuliers, militants ou non, organisés en communautés ou isolés.

La réalité est toutefois plus complexe que la création complète d’une fausse nouvelle : La fake news la plus nocive, car plus crédible, se développe souvent via la transformation de faits connus, dans les phares de l’actualité, par déformation, simplification à outrance ou troncage : une vidéo amputée de certains passages, des données mises sous silence ou encore des informations complexes trop schématisées.

S’ajoute à cela de multiples sites et comptes sociaux parodiques, diffusant de l’information volontairement fausse dans une démarche humoristique, ou de déstabilisation sous couvert d’humour. Ce sont par exemple de faux comptes de personnalités politiques ou de faux organes de presse ou sites d’actualités. 20 Minutes a recensé les principaux sites parodiques en France.

Un tweet du site d'informations parodiques Secret News
Un tweet du site d’informations parodiques Secret News

 

6. Les challenges de la lutte contre les fake news

Le partage de l’émotion
Comme le souligne Benoît Raphaël, expert en innovation média, journaliste, créateur de Le Plus de l’Obs et Le Lab d’Europe 1,
 la démonstration qu’une info est fausse par des fact-checkers spécialistes ne suffit pas : “Le problème c’est que de récentes études ont montré que même quand vous démontrez qu’une info est fausse, cela n’empêche pas les internautes de la partager, parce que ce n’est plus tant l’info qui importe que le message qu’elle véhicule, ou l’émotion qu’elle reflète. En plus de journalistes fact-checkers ou de “tiers de confiance”, on a aussi besoin d’autonomie chacun face à la vérification de l’info”. Nombreux sont les internautes qui veulent croire à ces fake news, qui correspondent à leurs envies, leurs prises de position. Ils les partagent à des sphères qui ne seront jamais ou rarement en contact avec les flux de messages des fact-checkeurs.

L’imperméabilité au fact-checking
En effet, dans un contexte de défiance jamais vu envers les politiques, les institutions, les entreprises 
et  les médias (voir l’étude du Cevipof et le Baromètre de la confiance des Français dans les médias de La Croix ou l’étude Viavoice 2019 sus-citée), les consommateurs de fake news sont devenus très imperméables aux analyses et signalement émanant de fact checkeurs travaillant pour…des médias.

La rémanence
Autre problème : la tendance à la persistance de la fake news. A l’instar des Hoax, débusqués par des acteurs comme Hoaxbuster depuis près de…20 ans, les fake news sont recyclées, recyclent elles-mêmes d’anciennes images ou vidéos. Pire, certains propagateurs de fake news n’effacent pas leur messages après le signalement par un fact-checkeur du caractère mensonger de l’information. Or, un simple correctif ou erratum sera beaucoup moins partagé et visible.

Une nécessaire sensibilisation : effacer plutôt que corriger, pour éviter la propagation
Une nécessaire sensibilisation : effacer plutôt que corriger, pour éviter la propagation

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7. L’importance de l’éducation, de la sensibilisation et de l’autonomie.

Les plus jeunes et les réseaux sociaux
Dans cet environnement, une des clés est, en amont, l’éducation des plus jeunes, gros consommateurs de news sur les réseaux sociaux.
Selon l’étude Viavoice, 28% des 18-24 ans font plus confiance à une information relayée sur les réseaux sociaux qu’à ce qu’ils trouvent dans les médias. 47 % des 18-24 ans pensent également qu’ “avec les réseaux sociaux, il est de moins en moins nécessaire de consulter directement les sites de médias en ligne“. Mais la plupart des Français (71 %) font davantage confiance aux informations qu’ils trouvent par eux-mêmes dans les médias, plutôt que celles que relaie leur entourage sur les réseaux sociaux.

fake news : 28% des 18-24 ans font plus confiance à une information relayée sur les réseaux sociaux qu'à ce qu'ils trouvent dans les médias
28% des 18-24 ans font plus confiance à une information relayée sur les réseaux sociaux qu’à ce qu’ils trouvent dans les médias

Or, 45% des 18-24 ans utilisent internet et les réseaux sociaux comme source n°1 pour s’informer sur l’actualité (enquête Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch par l’Ifop – 2019 ). Les Français qui écoutent les nouvelles à la radio sont presque deux fois moins nombreux (15%)  et 3 fois moins pour ceux qui privilégient la presse écrite (9%) à croire les théories complotistes que ceux qui suivent l’actualité sur internet (27%). Les réseaux sociaux sont ainsi privilégiés par les personnes qui adhèrent aux théories du complot. Près de la moitié (46%) des personnes qui croient à plusieurs de thèses complotistes affirment s’informer d’abord via les réseaux sociaux, c’est 2 fois plus que celles qui n’y croient pas du tout (24%).

Les types de médias utilisés en France pour s'informer sur l'actualité, par tranches d'âges
Les types de médias utilisés en France pour s’informer sur l’actualité, par tranches d’âges (Ifop)

L’apprentissage des fake news, dès l’école
Par ailleurs, dans Ouest France, Rachid Zerrouki, enseignant et journaliste (
@rachidowsky13) parle de chasse aux Fake News à l’école : “L’ambition de l’éducation aux médias doit être de former des fact-checkers, et non des consommateurs passifs d’outils de fact-checking.
Dans cette optique, certaines idées sont remarquables : C’est en produisant de l’information qu’on devient un lecteur, un auditeur, un téléspectateur averti et un critique expérimenté des informations. Aussi, en proposant de Créer un média par établissement scolaire”Hélène Paumier, professeure de français, explique que devant la profusion exponentielle d’informations, il faut apprendre aux élèves à produire et à publier pour qu’ils appréhendent eux-mêmes les médias en citoyens avertis. L’idée n’est certes pas nouvelle et certaines actions sont déjà en place mais ce n’est pas systématique ni régulier : Ainsi 34% des jeunes de 15-34 ans “seulement” déclarent avoir bénéficié d’une action d’”EMI” dans le cadre scolaire (expériences de création de médias, séances de visionnage et de décryptage de vidéos d’information, participation à la semaine de la presse et des médias à l’école…) (Etude Médiamétrie Pratiques de consommation de l’information par les jeunes générations. Pour le Ministère de la Culture-DGMIC).

Fake News : Former l'esprit critique des élèves
Former l’esprit critique des élèves

De son côté, Christophe Audouin, Délégué veille et intelligence économique chez SUEZ France partage un texte de l’Education Nationale – “Former l’esprit critique des élèves” – qui propose d’appuyer le fait que “face aux infox et aux manipulations, le véritable bouclier restera toujours l’esprit critique”. Et le bons sens pourrait-on ajouter…(original : Dossier EDUSCOL – Ministère de l’Education Nationale)

La sensibilisation des adultes
Après l’école, la formation et sensibilisation des adultes aux process, outils et bonnes pratiques de lutte contre les fake news est indispensable. 
Les experts et professionnels l’expliquent : l’éducation est l’un des socles d’une lutte efficace contre les Fake News. Et pour cela, il faut s’appuyer notamment sur…le web et les réseaux sociaux . “Le numérique est certes le poison, mais il est aussi le remède”.“La loi ne parviendra pas à endiguer les fake news sans l’éducation des citoyens aux manipulations du langage”, soutient Caroline Faillet, auteur de “Décoder l’info, Comment décrypter les fake news”.

La lutte contre les fake news doit donc être l’affaire de tous : médias, journalistes, particuliers, mais aussi des différentes institutions à l’instar de la police nationale qui alerte sur Twitter et Facebook de la propagation et du recyclage de certaines fausses informations.

 

8. Face aux fake news, vous n’êtes pas seul

Le Decodex, réalisé par les Décodeurs (Le Monde), un des outils pour faciliter le décryptage des fake news
Le Decodex, réalisé par les Décodeurs (Le Monde), un des outils pour faciliter le décryptage des fake news

Les ressources vous permettant de comprendre et débusquer ces fake news sont de plus en plus nombreuses : Emissions TV, experts, rubriques radio, sites web, outils de recherche. Nous les détaillons dans ce billet : Fake news : 30 ressources essentielles pour les cerner et lutter contre

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Petit déjeuner : Lutter contre les “fake news” avec l’intelligence artificielle - 11 avril - Paris

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